Conseiller conjugal et familial : "tenir conseil" ensemble face à une difficulté

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Conseiller conjugal et familial

 

 

Jean-Luc Bourdin est conseiller conjugal et familial dans un Centre de Planification et au Centre Départemental d’Action Sociale du Conseil Général d’Ille et Vilaine. Il est aussi membre du bureau de l’AFCCC 35 et la représente au sein du collectif « Être parent aujourd’hui ». Nous l'avons interrogé sur son métier de conseil conjugal et familial.

 

Jean-Luc, tu es Conseiller Conjugal et Familial. Peux-tu nous dire en quoi consiste ce métier ?

C’est un métier qui propose un accompagnement des personnes dans leur vie relationnelle, affective et sexuelle.

 

De quel type d’accompagnement s’agit-il ?

Il s’agit en premier lieu de proposer un espace d’accueil et d’écoute de la demande ou de la difficulté ressentie par la ou les personnes, dans un état d’esprit d’empathie et de non-jugement.

 

C’est une forme de relation d’aide psychologique.

Le plus souvent oui, même si parfois les personnes ont juste besoin d’une information, une orientation, un conseil.

 

Qu’est ce que cela implique ?

De pouvoir s’imprégner de ce qu’est la personne, de son histoire, des représentations qu’elle a des choses, de ses blessures et de leur intensité, des valeurs qui l’habitent, sans s’en trouver trop bouleversé ou heurté. La parole ne peut se libérer que si elle est « entendable » par l’accueillant.

 

Le conseil conjugal et familial se limite à cette écoute de l’autre ?

Non. D’ailleurs, il est important que la parole soit accueillie de façon contenante et sécurisante ce qui nécessite un peu d’interventionnisme, de reflets, de renvois de la part du conseiller. C’est ce travail qui peut permettre aux personnes certaines prises de conscience, d’explorer aussi d’autres possibles. C’est un peu comme si on « tenait conseil » ensemble face à une difficulté.

 

Cela peut donc déboucher sur des évolutions, des changements chez la personne ?

Tout à fait. Un des objectifs est d’aider la ou les personnes à adopter des comportements ou une représentation des choses plus favorables à sa santé, son bien-être, à partir de là où elle en est et de ce qui est possible pour elle.

 

Est-ce toujours facile ?

Rarement, car cela implique souvent une remise en question de certaines bases sur lesquelles les personnes se sont construites et de positionnements qui leur ont permis, à un moment donné, d’exister, faire face, voire de survivre. Le problème, c’est que ces comportements ancrés ne sont plus toujours adaptés à l’environnement actuel de la personne et deviennent extrêmement défavorables à leur bien-être.

 

Peux-tu nous donner un exemple ?

La difficulté fréquente des victimes de violences conjugales à sortir de cette relation destructrice en est une illustration. Au-delà de l’emprise et du travail de destruction qui les installent dans une véritable prison, elles peuvent parfois avoir des « intérêts » supérieurs à la souffrance qu’elles endurent et qui les amènent à rester ou …revenir.

J’ai en mémoire la situation de cette femme totalement prisonnière de sa loyauté envers les valeurs familiales. Il n’y avait rien de pire que de divorcer. Cette valeur primait sur tout le reste, même sur la violence subie. Rompre, c’était trahir ses parents, être rejetée par eux et perdre sa place auprès d’eux, perdre aussi une certaine valorisation quant au courage qu’on lui reconnaissait à endurer ça pour maintenir l’unité familiale.

 

Quels sont les autres motifs de consultation ?

Les conflits conjugaux où chacun des conjoints se retrouve en échec de ce qu’il attend de la relation et rend du coup l’autre responsable de cet échec, les conflits parentaux post-séparation où on fait payer à l’ex-conjoint la blessure qu’il nous a infligée. Il peut aussi juste s’agir de rétablir un dialogue, traverser un moment difficile, une crise, mûrir une décision, ….

 

Dans le premier cas, qu’est ce qui fait qu’à un moment, parfois, l’autre ne répond plus à nos attentes ?

C'est complexe et variable d’une situation à l’autre. Déjà, en fonction de notre histoire, notre culture, notre éducation, notre sexe, … nous n’avons pas les mêmes besoins, attentes et représentations par rapport au couple. Il faut donc pouvoir entendre, comprendre et accepter la différence de l’autre, prendre en compte son besoin si on veut que ça fonctionne.

 

C’est la base de la communication.

Oui. On peut effectivement travailler avec le couple sur le développement d’une communication bienveillante qui prend en compte les besoins de chacun.

 

Ça paraît presque évident. Pourquoi cela ne se fait pas spontanément ?

Cela se fait en général spontanément dans les premiers temps de la relation, ce qu’on appelle la « lune de miel ». Il y a le plus souvent un désir commun d’une relation fusionnelle qui gomme les différences. On a une image totalement positive et donc idéalisée de cet autre qu’on a « choisi » pour nous rassurer, nous réparer, nous compléter sur un aspect sensible de nous-même et qui semble y parvenir.

 

Quels peuvent être ces « aspects sensibles » ?

Des doutes, des failles, comme « je ne suis pas ou ne mérite pas d’être aimé », « je ne suis pas à la hauteur », « je ne suis pas fiable », « on ne me fait pas confiance », « je ne compte pas, on ne me voit pas », « je ne suis pas intéressant », « je ne suis pas satisfaisant », …

 

Comment naissent ces failles ?

Elles sont souvent héritées de notre enfance, notre histoire. Elles peuvent venir de carences affectives, de messages parentaux stigmatisants, de comparaisons avec un frère, une sœur, … ce qu’on n’est pas ou ce qu’on n’a pas eu devient le projet à réaliser, le modèle auquel il faudrait correspondre.

 

Et le conjoint est donc censé permettre la réparation.

Absolument. Le souci c’est que seule la personne concernée peut vraiment faire quelque chose pour se réparer, même si les autres peuvent étayer la « résilience ». On peut dire qu’il faut commencer par s’accepter soi-même pour pouvoir accepter l’autre.

Ensuite, celui ou celle qu’on a choisi a aussi une faille qui ne lui permet pas de combler la nôtre ou pire, qui la creuse. Par exemple, si mon projet est d’être satisfaisant pour l’autre mais que je tombe sur quelqu’un qui n’est jamais satisfait, parce que sa carence affective est telle qu’elle ne peut pas être comblée, il y a échec et souffrance de part et d’autre. Le couple s’installe alors dans une espèce de complémentarité négative.

Parfois aussi, l’autre qui au départ nous fascinait parce qu’il représentait le modèle à atteindre finit par devenir le miroir négatif de notre échec à y parvenir. Prenons le cas d’une femme très émotive. Elle peut être fascinée par un homme particulièrement impassible. Elle imagine que c’est beaucoup plus confortable à vivre. Mais au bout d’un moment, elle ne va plus supporter cette impassibilité face à son émotivité.

 

Et comment peut-on s’en sortir ?

Dans le cas évoqué, l’homme peut essayer d’identifier les raisons de son impassibilité, comme par exemple une protection contre sa propre émotivité qui l’a peut être desservi dans le passé et la réapprivoiser. La femme peut travailler à accepter son émotivité, en voir les avantages et abandonner le rêve de s’en débarrasser. Paradoxalement, plus elle l’acceptera et mieux elle parviendra à la gérer.

 

Tu parlais tout à l’heure des conflits post séparation. En tant que collectif intéressé par la question de la parentalité, on ne peut s’empêcher de penser aux enfants.

Bien sûr. Les enfants sont souvent les victimes collatérales de ces conflits. Le ressentiment, parfois la haine de l’ex-conjoint qu’on tient pour responsable de l’échec et de la blessure qu’il a déclenché, peut s’exprimer par son dénigrement auprès de l’enfant, voire de fausses accusations ou une exclusion pure et simple. « ta mère n’est qu’une pute », « ton père est un salaud ». On imagine aisément les conséquences désastreuses de ce type de discours sur le développement psycho-affectif de l’enfant

 

Mais les parents qui sont sensés aimer leur enfant devraient prioriser l’intérêt de l’enfant ?

Leur aveuglement et leur blessure sont tels qu’ils ne s’en rendent même pas compte. A la limite, si l’enfant va de plus en plus mal, c’est la faute de l’autre, c’est parce que c’est un mauvais père ou une mauvaise mère. Tous les évènements sont recyclés pour tenir lieu de preuve et venir confirmer cette image de l’autre qu’on a construite.

 

Où peut-on rencontrer un Conseiller Conjugal et Familial ?

Dans un Centre de Consultation comme l’AFCCC par exemple ou en cabinet libéral ou encore dans un Centre de Planification.

 

Je croyais que les Centres de planification étaient destinés aux jeunes, notamment pour l’accès à la contraception.

Pas seulement. Un Centre de planification propose juste une offre de prestations plus large que les seules consultations conjugales et familiales comme effectivement la contraception, le dépistage des Infections Sexuellement Transmissibles, des tests de grossesse, l’accompagnement des Interruptions Volontaires de Grossesse,… Il a aussi vocation à intervenir dans les établissements scolaires pour des actions collectives de prévention et d’éducation à la vie affective et sexuelle.

 

*Merci à Jean-Luc Bourdin d'avoir pris le temps de parler de son métier.

Publié dans Zoom sur un métier

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